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Le
blason
Jérôme
Audran
paru en juin 2002
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Quand
après la bataille vostre corps se repose
Sous un voile transparens, vos parures écloses,
M'étourdissent, Madame, faisant fuyr à leur tour
Ire, courroux, desdains, essaimés alentour.
Par trop adventureux, j'ayme à me délecter
De vos formes secretes, prohibez et sacrez.
Lumières éteintes, vous voilant qu'à demy,
Je me repaict enfin de vos courbes amy.
Vostre escorce cruelle s'évapore en silence
Vos chairs ivres et rebelles en grandes révérences,
Provoquent en mon estre un doux raidissement
Qui me faict espérer mil petits passetemps.
Pour vous prouver, Madame, que je sçays ma leçon,
Je vais tenter ce soir de vous faire un blason,
Espérant par ce geste séduire ce cueur
Et plus douce bataille m'attacher vostre fleur.
Vostre nuque d'abord, légère et dyaphane,
Inaugure innocente mes reveries insanes.
La grace la prolonge d'un pulpistre charnel
Qui s'achève à son tour en voustes fleschissantes.
Marot, je pense comme vous, et vous demeure fidèle,
J'ayme par dessus tout cette colline ardente,
Venerique et rebelle que partage une fente.
Sa rondeur assurée, eslevée et charnue,
Me faict venir à l'œil une larme éperdue.
Tout l'Olympe assemblez ne saurait luy offrir
Cet hommage dansant qu'il luy faudrait bastir.
De cette sphère ronde que mes caresses adorent
Coulent deux fins ruisseaulx, libres et fallacieux,
Deux roseaulx d'émail blanc qui s'ouvrent à l'aurore
Plus doulx que fine soye, irreverencieux,
Angelicques lianes, qui me serrent et m'enserrent,
Où bas et hault mes mains se promènent en vipères.
Sentiers de douceur en tout proportionnez,
Promesses de bonheur par vous abandonnez.
Amant du derrière, le devant me ravit,
Là où naict des chemins ce petit rebondy
En forme de bossette, chasteau de mes offences,
Si douillet pont-levis ouvert aux confidence,
Si plaisante contrée, si gentil jardinet
Où j'ayme aller puiser des soupirs parfumez.
Heureux est cil qui peult visiter ce logis
Qui faict honte à la rose et honneur à la vie,
Cil qui a su dompter cette rebelle entrée,
Plusieurs foys vaincue mais jamais terrassée.
Fleur et fruict je l'adore lieu de dévotion,
Où trosne un petit pois, une fraise, une cerise,
Sensible aux compliments, qu'ombrage une toyson,
Un fin corail vermeil qu'un souffle mesme attise.
Plus hault encore, Madame, j'ayme ce doux coussin,
Poly plus qu'aucun aultre, cible des assassins,
Où trosne au milieulx un si joly nombril,
Ce compagnon secret d'un aultre plus febril.
J'eusse aymé pour finir sans faillir à ma foy
Faire honneur à ceulx-là que vous portez fière,
Ces fontaines yvoirines où sans cesse je boys
Le nectar chimerique de mon equipiere.
Hault montez, ces deux monts, que nature a parfaict,
Et sur qui surement Amour prit le portraict,
Faict voir en mil endroit cent rides tres menues,
Que ma bouche enfantine baise en ses levres nues.
Sans menterie, Madame, je ne puys plus escrire,
Je me sens succomber comme la belle Palmyre,
Il me fault desormais et taster et tenir
Toute la panoplie de ce corps qui soupire.
Sans tarder je m'en vais vous rejoindre en ces draps,
Murmurant comme pour moy : " Et coïtera ".